PPE3 : stop à la navigation à vue !
Il y a deux jours, le décret fixant la Programmation Pluriannuelle de l'Énergie (dite PPE3) était publié au Journal Officiel. Selon le gouvernement, cette troisième programmation définit comment produire davantage d'énergie française, décarbonée et compétitive. Elle fait suite à une première feuille de route publiée en 2016, puis une première révision dont la construction s’est échelonnée de 2018 à 2020, toutes deux largement considérées comme obsolètes.
Et c’est là où le bât blesse une première fois. En effet, ce document supposé fixer les grandes orientations énergétiques pour les cinq ans, puis la décennie à venir aurait bien dû sortir en 2023, pour ne finalement sortir qu’en 2026 soit quasiment trois ans de retard pour une feuille de route à cinq ans, convenons que c’est fâcheux.
Et sorti de quelle façon ! Par décret, sur un sujet qui engage notre souveraineté pour la décennie à venir. Sans véritable débat parlementaire, le gouvernement espérant sans doute contourner un Parlement en situation de quasi-blocage institutionnel sur les sujets majeurs. De nombreuses voix s’étaient, à juste titre selon nous, élevées contre cette volonté de l’exécutif de promulguer la PPE3 sous forme de décret. Un engagement, tant parlementaire que sociétal, semble en effet indispensable pour traiter la question. Pourtant l’occasion qui en parallèle fut offerte aux parlementaires se solda par un immense gâchis. Elle eut tout de même l’intérêt indéniable de mettre en lumière l’incompétence technique de la part de certains d’entre eux, voire d’illustrer une instrumentalisation d’un sujet régalien, à des fins populistes et électoralistes, et ce aux dépens du bien commun. Pire, les organes de l’Etat traitant de ces questions ne semblent pas être en capacité, à date, de réagir (OPECST pour le Parlement, DGEC, etc.) …
L’Engagement dénonce ce déni de démocratie, qui plus est sur un sujet central, structurant et fondamental intéressant à la fois la réindustrialisation, mais aussi la souveraineté nationale.
Parmi les sujets clivants, les médias et le grand public ont pour l’essentiel retenu celui de l’éternelle bataille entre les sources de production d’électricité nucléaire ou renouvelables intermittentes. Pour autant, il apparaît désormais évident que le débat “production d’électricité d’origine nucléaire versus renouvelables” entraîne et entretient une opposition stérile entre deux sources de production d’électricité certainement pas exclusives. Une telle cacophonie et gaspillage d'énergie détourne des enjeux réels d'industrie, d'emplois, etc… L’Engagement réitère avec force que ces deux sources de production d’électricité sont complémentaires et se doivent de faire l’objet d’investissements publics, l’une comme l’autre. Non, ce que révèle cette opposition, c’est bien que nous avançons à contre-temps et avec retard dans cette course. En effet, la PPE doit procéder d’une stratégie de réindustrialisation crédible et concertée entre le gouvernement et les acteurs industriels, elle ne doit pas l’incanter, ou pire, la décréter. Une fois de plus, l’Engagement déplore que l’on mette la charrue avant les bœufs, et que le gouvernement multiplie les effets d’annonce, les objectifs tout aussi fracassants qu’intenables pour masquer la faiblesse de son anticipation tant pour la décennie écoulée que pour la décennie à venir.
L’Engagement a pour sa part exposé dans son programme ‘France 203X’ sa vision de la stratégie de réindustrialisation et des besoins de la France en énergie pour la décennie à venir, combinant ouvertures d’usines et mix énergétique cohérent.
Car en effet, la priorité est avant tout de sortir d’une dépendance aux hydrocarbures et en cela, cette PPE est effectivement pertinente. Elle réaffirme à la fois l’aspect essentiel d’une production d’électricité nucléaire, mais aussi de l’électrification des usages. En effet, elle identifie bien le double danger que nous fait courir notre dépendance aux hydrocarbures importés. À la fois économiquement (cela représente entre 50 et 70% du déficit de notre balance commerciale) et géopolitiquement, nous soumettant au bon vouloir d’acteurs potentiellement hostiles ou concurrents (comme les USA ou la Russie). Pour autant, si cette démarche de sortie des hydrocarbures est essentielle, elle ne doit pas entraîner une hausse exponentielle des prix de l’énergie, qui aurait des conséquences sociales (pour nos concitoyens) et économiques (pour la compétitivité de nos entreprises) dévastatrices. C’est là que le problème devient majeur. Lorsque la Chine, ou d’autres, faisaient des choix stratégiques forts de développements de filières (batteries, nucléaire), à l’orée des années 2010, choix qui à l’égal du Plan Messmer ont consolidé leurs positions fortes aujourd’hui, la France se rangeait dans une posture attentiste, espérant voir son parc nucléaire durer toujours, et le robinet du pétrole peu cher venu de Norvège ou d’Algérie couler.
L’Engagement considère que cette étape doit être non pas un énième plan constatant notre nécessité d’importer (que ce soit du pétrole qatari, ou des batteries chinoises), mais une occasion de mettre en œuvre une planification stratégique concertée et contraignante pour les acteurs publics et privés qui définit les filières à développer, et des objectifs de sobriété, d’efficacité et surtout d’électrification convergés avec l’économie dans une but de souveraineté.
Au global, quand bien même le mix énergétique dans son ensemble préconisé par cette PPE semble être le plus raisonnable, l'ensemble des choix, ou plutôt des non-choix opérés par la macronie sur la décennie écoulée, laissant libre part aux dogmes européens de libéralisation des marchés de l'électricité et choisissant de ne pas privilégier ni de permettre par des barrières douanières le développement de filières souveraines et nationales nous a aujourd'hui conduit dans une impasse, où nous n'avons d'autres choix que de ménager ce qui peut encore l'être entre sobriété, modulation et prolongation du parc.
L’Engagement appelle à une prise de conscience des enjeux industriels, scientifiques et techniques de cette programmation, et urge de cesser la navigation à vue sur des enjeux aussi stratégiques.
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